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Entre lac et montage
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    Le château de Coudrée

     





    La prime origine de Coudrée paraît dater du VIe siècle. Il ne s’agissait alors que d’une tour en bois – ancêtre du donjon médiéval - flanquée de bâtiments rustiques et entourée d’une enceinte fortifiée comprenant des fossés, des palissades, des levées de terre, comme en établissaient les gaulois autour de leur village et mieux, les romains, pour défendre l’oppidum. C’était alors la résidence d’un prieur chargé de la gestion des biens fonciers appartenant à l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. Celle-ci avait été fondée au IVe siècle sur les lieux mêmes où, à la fin du IIIe siècle, furent martyrisés Mauritius, le chef de la Légion Thébéenne, et tous ses compagnons. Le Prieuré, où autour de son chef, vivait une communauté mi-religieuse mi-laïque, s’appelait alors "Foron".

    Le nom de Coudrée s’appliquait au terroir, en raison selon certains auteurs de la forme du golfe, selon d’autres du vieux mot signifiant "terre asséchée" ou encore "lieu planté de coudriers" (noisetiers). Le prieuré demeura de longs siècles la propriété de l’abbaye et ce ne fut qu’en 1245 qu’il fut cédé à la veuve d’Henri d’Allinges. Il avait été, déjà, l’objet de nombreuses transformations et aménagé en véritable place forte, les constructions légères adossées aux murs intérieurs ayant faits place à de massifs bâtiments de pierre. C’est vraisemblablement à la fin du XIIe siècle que le plan de la construction actuelle fut établi.

    La place forte était défendue de tous côtés par des étendues d’eau : au Nord par le lac et sur les trois autres faces par les douves. La place forte de Coudrée eut à subir de nombreux assauts successifs des troupes bernoises, savoyardes et genevoises, celles-ci soutenues par le corps expéditionnaire envoyé à leur secours par Henri IV et commandé par M. de Sancy. Le système de défense fut renforcé par l’édification d’une seconde enceinte basse flanquée de quatre bastions cylindriques, à la base desquels des embrasures étaient ménagées pour les bouches à feu. En 1590-1591, ces travaux de transformations étaient à peine terminés que le château était presqu’entièrement incendié et démantelé. L’absence de documents ne permet plus de suivre, pendant tout un siècle, la carrière du château, qui paraît avoir connu une vie plus paisible et sans histoire marquante.

    Au XVIIe siècle, les propriétaires construisirent notamment la grande porte qui, du côté du lac, donne accès à la cour d’honneur. Un peu plus tard, les niveaux d’étage furent modifiés de telle façon qu’un second étage, pris sur les combles, fut installé. En 1840, le dernier Marquis d’Allinges-Coudrée étant décédé sans postérité, la propriété passa au Marquis Cesare di Alfieri di Sostegno, diplomate italien célèbre, le cousin du poète. C’est lui, dit-on, qui, dans le bois de buis, fit tracer les avenues en forme d’étoiles, rappelant le plan de Turin, sa ville natale. Coudrée appartint ensuite au grand homme d’Etat italien Cavour, dont le fils de Cesare Alfieri, Carlo, était le lieutenant et le neveu par alliance. Le Baron Cavour se désintéressa d’ailleurs de cette acquisition. C’est à cette époque que le château semble avoir connu, par abandon, une véritable décadence. Le château était réduit à l’état de ferme : les fermiers et leurs personnels habitaient l’aile Est alors que l’aile Ouest était occupée au rez-de-chaussée par le matériel et le bétail, aux étages par le fourrage et les récoltes. Les magnifiques tapisseries qui ornent encore le grand salon étaient alors utilisées, paraît-il, par les fermiers comme portières des étables, ce qui expliquerait en partie l’extraordinaire vivacité et fraîcheur de leurs coloris, ravivés par la saturation ammoniacale et l’atmosphère des écuries. En 1858, enfin, Coudrée devenait la propriété de M. Anatole Bartholoni, qui, après l’annexion deux ans plus tard de la Haute-Savoie à la France, fut le premier député français de ce département. M. Bartholoni avait apporté son aide au Prince Louis Bonaparte dans la préparation du coup d’Etat qui fit de lui l’empereur Napoléon III. En remerciement de ses services rendus, ce souverain appela M. Bartholoni aux Tuileries où lui furent confiées les hautes charges de Ministre plénipotentiaire, introducteur des ambassadeurs.

    En 1904, M. Bartholoni étant décédé, sa veuve céda toute la propriété à sa belle-sœur Mme F. Bartholoni, mère du dernier propriétaire de Coudrée M. René Bartholoni. Esthète averti, il fut le grand restaurateur du château, dont il confia la rénovation à deux architectes genevois, sous la magistrale direction de M. Naef, restaurateur du château de Chillon. Depuis 1955 le château est devenu une hôtellerie. Il est l’un des fleurons de la chaîne de prestige d’Alain Ducasse "Châteaux & Hôtels de France".

     
         
     
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